Le Vert Pré, telle une principauté

Par deux fois dans l’histoire, le Vert Pré a été à deux doigts de prendre son autonomie. Ce quartier (ici on parle de "hameaux de 6000 habitants ") du Robert haut de ses 339 m, regorge de spécificités ; la non moindre étant sa capacité à générer des artistes, qui l’a fait surnommer "vivier culturel" de l’île.

Alors, pourquoi s’étonner que ce soit un Marthély, mais Thierry pour une fois, qui serve de guide en ce si attachant "nid d’aigle" au nord de la Martinique.

                                              Vert-Pré depuis 1712

Avec sa silhouette d’éternel adolescent, le quadragénaire sourit : " Je ne sais pas si c’est le bon air, l’altitude du lieu et il faut bien le dire un certain conservatisme dans l’éducation, ici la sérénité a toujours été de mise". Sérénité et humour. La preuve, nulle commune ne dispose d’une voie dénommée "rue de la Mauvaise paye", en souvenir des "indélicats" qui, le vendredi (dénommé aussi "sainte touche" car jour de paie dans les habitations) la remontaient subrepticement pour éviter pour éviter les attaques des créanciers.

On se serait trouvé au Nord Caraïbe de l’île, que l’on aurait assuré qu’à l’instar de Fonds Saint-Denis, c’est "le pays des hommes qui traient les vaches debout"; tant le terrain est accidenté. Alors, pourquoi ce nom de Vert-Pré. A croire Jacques PetitJean Roget cette dénomination serait due à François Jaham de Vertpré. C’était le premier de la lignée en 1712, à quitter le Marigot où s’était installé Jean, l’ancêtre de la famille ; un Poitevin de la paroisse de Saint-Mars, arrivé aux Antilles en 1635, à l’âge de 25 ans.

Lieu-dit enclavé comme son voisin immédiat le Gros Morne, notre quartier robertin est l’un sinon, le seul endroit de l’île, d’où l’on peut contempler d’un côté la totalité du littoral nord atlantique ; et de l’autre les pitons et la côte nord caraïbe, dans le lointain. C’est à la sortie du bourg, de part et d’autre de la Place des fêtes ; que l’on aurait pu tout aussi bien dénommer "Jaham de Vert-Pré".

Quelle drôle d’idée, direz-vous ? Pas tant que ça. Retour sur un chapitre de notre histoire, jamais vraiment développé. En 1790, la Révolution française s’exporte en Martinique et l’île se dote de deux capitales : Saint-Pierre pour les Républicains (le parti de la ville) et le Gros-Morne pour les Monarchistes (parti de la campagne), commandé par le gouverneur comte de Damas. On confiera au capitaine de milice Jaham de Vertpré le soin de réaliser les fortifications de la capitale du centre. Il s’inspirera de l’architecture de sa résidence. Et c’est sûrement depuis ce jour que Vert-Pré et le Gros sont dotés des mêmes remparts empierrés rappelant ceux d’Avignon.

                                           L’ombre de Paul Symphor

Quoi qu’il en soit, outre l’aspect architectural, le Vert-Pré sera le théâtre de combats sanglants qui verront en 1793 la victoire des troupes républicaines de Rochambeau (nouveau gouverneur de l’île, nommé par la Convention) sur l’armée royaliste. Du coup, Damas fait appel aux Anglais ; qui assiègent l’île jusqu’à sa capitulation le 23 mars 1793. Et c’est ainsi que l’Ancien Régime sera restauré jusqu’en 1802 ; nous ne connaîtrons l’abolition de l’esclavage qu’en 1848 ; que les " blancs créoles " fuiront la Guadeloupe devant Victor Hugues et sa guillotine, pour s’établir ici, devenant békés.

C’est vraisemblablement fort de tout ça que Constant Leray a construit son "château républicain" au début des années quarante. On dit que, cet instituteur de Nusiac en Bretagne, établi en Martinique, se serait fié à la promesse de Paul Symphor, (une figure du Robert, qui sera maire de la commune, conseiller général, puis président de cette assemblée et sénateur et… résidant au Vert-Pré) d’édifier le quartier en commune. Si son château ne sera jamais "adoubé" en tant que mairie, il aura tout de même pour hôte en 1947, Jules Moch, un ministre de l’intérieur " à poigne ". Ca aussi, les Vert-Préens, n’en parlent pas.

" Quand tu vis ici, commente Thierry Marthély, tu vois le monde autrement. On n’en parle pas, mais à l’instar de la Dominique, nous sommes entourés d’innombrables sources, de sous-bois merveilleux et d’un tissu économique non négligeable ; tenu de respecter l’environnement.

© Eric Hersilie-Héloïse

© Photos E. H-H

Hors-texte :

Thierry Marthély

"Il y a toujours eu de la musique chez moi, puisque mon père jouait de l’accordéon, de la flûte traversière et que ma mère chantait à la chorale " lance Thierry Marthély. Pourtant, même si comme Obélix il est " tombé dedans à la naissance ", son autre passion est la voiture. Mécanique, tuning… tout y passe. Alors, il fait des études de mécanique et aujourd’hui partage sa vie entre une entreprise d’entretien automobile florissante, une carrière artistique en positif… Et le Vert Pré où il puise son énergie.

* Le Ranch… des oiseaux ?

Quartier Zabeth. domaine de Claude Boutaud. Au début il était chasseur puis… touché "par la grâce" il crée un étang pour les poules d’eau et les canards. Sans compter de nombreuses variétés de poissons. Et comme c’est un cousin aux Marthély, en fin de semaine on y zouk "jik jou ouvè"

* L’ombre d’une géante

Derrière cette usine "high-tech" du quartier Directoire, plane l’ombre de "Man Littée", la pionnière de nos yaourts. Née Anne Marie-Joseph Cassius de Linval, " Mayotte" décide en 1950, d’arrêter l’exploitation de la distillerie, pour se lancer dans la production d’une chose venue d’Europe de l’Est : les yaourts Littée étaient nés. Dix ans plus tard, elle crée son propre élevage de vaches laitières : toujours au Vert-Pré. Aujourd’hui encore les anciens se souviennent de cette " grande békée " disparue en février 2005.

* À couper le souffle

Voilà peut-être l’un des plus beaux points de vue de Martinique. Situé sur ce qui est en fait une des arêtes rocheuses de l’île, vous dominez la côte… jusqu’à l’extrème nord. Puis vous vous retournez : et là c’est la partie caraïbe du pays. Au milieu, vous êtes à la Place des fêtes où se déroulent entre autre des séances de cinéma en plein air.

* La source Bonipo

"Le Vert-Pré, ce que l’on oublie bien souvent, est d’abord une terre d’eau ; déclare Thierry Marthély. Nous avons tout de même, une trentaine de sources aménagées dont le site de la Bonipo au quartier l’Heureux. C’est à droite, juste avant le bourg, en venant du Lamentin par la route de Soudon "