Le plus vieil hôpital de Fort-de-France

Le Parc Floral, siège du SERMAC depuis 1976 (Parc Aimé Césaire depuis 2009) est, pour les amoureux du patrimoine, le site du plus vieil hôpital de Fort-de-France, puisqu'il a été bâti en 1722. Mais jamais structure médicale n'a été si mal située ! Ce qui fait que durant plus d'un siècle, son existence a eu tout l'air d'une aventure picaresque ; Avant que la guerre du Mexique en fasse un hôpital militaire de pointe, dans les années 1860.

Promenez-vous dans les jardins du Parc Floral, en fin d'après-midi et plissez juste un peu les yeux. Cette quiétude, cette architecture?…. Vous êtes dans le domaine d'un hôpital colonial ! Ou du moins ce que la mémoire a retransmis, pour arriver jusqu'à nous.

Dès la seconde moitié du XVIIème siècle, les colons décident de bâtir un hôpital dans l'île, pour les militaires, les marins et les employés du roi. Ce sera celui de Saint-Pierre. Très vite, on se rend compte qu'il faut en construire un autre à Fort-de-France, le Fort Royal d'alors, seconde ville de garnison de l'île. C'est chose faite en 1722 et très vite, il devient l'hôpital le plus important de l'île, avec deux cent soixante-dix lits ; Avant Saint-Pierre, le Marin et Trinité. Normal, puisque c'est là qu'y est cantonnée la majorité des troupes !

Ce qui l'est moins, c'est que c'est le plus décrié, pour son insalubrité et sa tendance à propager les épidémies. Mal situé, mal protégé, il passera la majorité de sa vie à être l'objet de propositions de destruction, pour être transféré ailleurs.

         Tout, pour le moral des troupes

Imaginez un hôpital situé dans une cuvette, borné à l'ouest par

la rivière Levassor

, à l'est par le cimetière de la ville et au nord par celui de l'hôpital. Au sud, se trouve une allée de tamariniers, qui se prolonge jusqu'à la porte d'entrée: Face au pont dit De l'hôpital. En principe, c'est un lieu de promenade pour les malades, mais hivernage c'est un cloaque et toute l'année, les exhalaisons du canal en font un lieu pestilentiel. Tout ça, sans mur d'enceinte, puisque, comme l'atteste une inscription faite dans la pierre, sa construction ne date que du XIXème siècle. Tout autour, c'est la canne à sucre, puisque ce sont les terres du sieur Sainson Sainville. Pour parfaire le tableau, il faut savoir que seul un chemin sépare l'hôpital, du cimetière civil, que les locaux de soins et de repos sont situés sous le vent des deux cimetières… Et que les mises en terre, se font sous les yeux des convalescents. Tout ce qu'il faut pour le moral des troupes !

Initialement composé d'un bâtiment unique, il a deux niveaux dont un rez-de-chaussée non exhaussé, ce qui fait qu'en hivernage les lits des malades flottent !

En 1802, alors que l'île est reprise aux Anglais, le gouverneur de l'époque débute des travaux de réfection. Sept ans plus tard, lorsque les Français évacuent l'île, les lieux semblent en bon état, mais Forbel le directeur anglais des services de santé, décide de le désaffecter et de transférer l'hôpital militaire au fort Bourbon. Seules quelques familles de couleur, y vivent avec l'autorisation du gouverneur.

En 1814, lorsque les Français reviennent, l'hôpital est dans un tel état de délabrement, qu'il est surnommé "le tombeau des Européens". Le chef du génie d'alors, Garcin, propose de fermer définitivement l'hôpital, tandis que le Dr Lefort obtient du comte de Vaugirard, gouverneur de l'île, que l'on transfère momentanément les malades au fort Bourbon : le temps de réparer l'hôpital de

la Croix Mission. L'établissement

reste vide tout l'hivernage 1815 et de légères réparations y sont faites.

              Enfin, un mur de clôture !

On ne parle plus de transfert d'hôpital, jusqu'à l'arrivée du gouverneur Donzelot en 1818. Décidé à prendre le taureau par les cornes, le 7 mars de la même année, il nomme une commission chargée de trancher

la question. Quelles

sont les causes d'insalubrité, peut-on y remédier sinon, quel cite choisir comme emplacement d'un nouvel hôpital ? Comme d'habitude en pareilles occasions, personne n'est d'accord. Alors le gouverneur nomme une seconde commission, cette fois composée de praticiens, puisqu'on y retrouve Lefort médecin du roi à Fort Royal, Gaubert médecin du roi à Saint-Pierre, Achard pharmacien du roi et Cuppé chirurgien major de la 88ème légion. Tous penchent pour un déplacement de la structure et un projet réalisé par l'ingénieur Dugué est même approuvé. Le gouverneur tranche en faveur du maintien dans les lieux, assorti d'un plan d'assainissement de la ville et de l'hôpital. Il s'agit d'exhausser le sol de l'hôpital, donner un autre emplacement au cimetière, combler le canal d'enceinte et en creuser un autre plus au nord. C'est le début des grands travaux. Modification des salles, construction d'un pavillon neuf en 1830 par Sainte-Luce et sept ans plus tard, d'un mur d'enceinte. Pour ce dernier point, la décision vient du fait que la maladie la plus courante est la dysenterie  et qu'il est difficile de prévoir une guérison, alors que les vendeurs de tafia viennent faire leur commerce, dans l'hôpital !

           Le Trabaud naît à cette époque

Tout ça n'empêche que l'hôpital est sous le vent de deux cimetières, dont celui civil qui n'est toujours pas clôturé ? En 1840, le gouverneur décide de son déplacement et opte pour un lieu appartenant au sieur Trabaud. C'est de là que vient l'origine de nos deux cimetières foyalais, le plus ancien se payant le luxe d'une double dénomination : cimetière de

la Croix Mission

ou cimetière des Riches. Allez savoir pourquoi ?

Toujours est-il que les choses ne se sont pas passées aussi vite ! En 1840 Auguste Lemaire, qui vient de succéder à M. de Leyritz à la tête de la municipalité foyalaise, ne l'entend pas de cette oreille. Le cimetière ne le gêne pas, puisque sa demeure est placée au vent des mauvaises odeurs et que pour la vue, une colline lui masque le spectacle. Alors il propose de construire un mur d'enceinte au cimetière civil et d'en rester là. Voilà pourquoi le Trabaud mettra tant de temps à voir le jour!

A y regarder de plus près, ce cimetière et cet hôpital qui lui fait face, ont eu pendant longtemps la même histoire ? Celle d'un déménagement annoncé et toujours repoussé. Rien à voir avec l'histoire de l'hôpital de Saint-Pierre! Lui se paiera le luxe de pas moins de quatre déménagements en moins d'un siècle ! Construit en 1655, sur la rive sud de la Roxelane, il est rebâti au Mouillage en 1684. Détruit par le feu en 1738, il est reconstruit un peu plus loin, à l'écart du centre ville et sous l'abri des morne. C'est peut-être le souvenir de cette "bougeotte", qui explique l'attitude des décideurs, quand il s'est agit du sort de Fort-de-France?

©ERIC HERSILIE-HELOISE.

 

Hors-texte

Des malheurs dès le début

En

1723, l

'intendant Bénard déclare: "L'hôpital de cette ville est si fortement menacé d'être sapé par les débordements de la rivière, que j'ai cru qu'il était de mon honneur de faire un effort pour conserver à sa majesté une maison que j'ai eue tant de peine à faire bâtir". Il fait donc creuser un canal pour protéger l'hôpital. Mais c'est insuffisant et le nouvel intendant, Blondel de Jouvancourt doit refaire les travaux.

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