Identité, conscience collective et créolité
Si les concepts d’identité créole et de conscience collective paraissent provocateurs voire utopiques à certains, c’est qu’ils ne sont simplement que novateurs. Ça dérange un conformisme ambiant qui refuse toute remise en question. Une attitude que l’on retrouve à tous points de l’échiquier ethnique martiniquais.
Considérons un carrefour où aboutit un nombre « x » de routes. Le carrefour, c’est nous, c’est notre histoire insulaire -il est fondamental de comprendre le concept de l’insularité, sur la perception du monde ; il explique que nous ayons des approches des choses si différentes d’avec les Guyanais continentaux- c’est notre identité ; les routes étant les différentes ethnies qui sont arrivées ici au fil des siècles et qui s’y sont installées. Et adaptées au milieu et aux autres ethnies ; jusqu’à former un tout plus ou moins harmonieux, mais obligatoirement évolutif, qu’on appelle « créolité ». Un miracle ou une malédiction, selon le côté où l’on se place ; car aucune des ethnies qui se sont installées ici n’en est ressortie indemne : elles ont toutes été créolisées.
La créolité c’est cette alchimie qui s’est faite entre un milieu, une histoire et surtout un nombre déterminé d’ethnies interférant les unes sur les autres.C’est ainsi qu’aujourd’hui un Nègre ne peut valablement se dire Africain ; ni un Béké Normand ou Breton ; ni un couli Indien. Nous avons une identité collective créole. Néanmoins n’étant pas des corps solubles, mais des hommes, à cette identité collective se greffent des pics spécifiques ethniques : pour certains il s’agira d’indianité avec festins indiens, pour d’autres, de négritude et l’on valorisera des danses comme le danmyé, etc. Le plus important dans tout ce processus est la tolérance. Cet autre, coolie, syrien, béké, chinois est un élément constitutif de notre être. Vouloir faire abstraction de l’autre, revient à se priver d’une partie de soi. Ainsi, le béké est un blanc « négrifié », qu’il le veuille ou non. Et ainsi de suite. Le Martiniquais est tout sauf une race : c’est une histoire, un territoire, une culture (créole), mais pas comme en Afrique et ou en Europe, une race. Sans oublier le territoire : ce bout de terre au milieu de l’océan qui fait que nous sommes condamnés à vivre ensemble, se comprendre et s’accepter.
Maintenant que nous avons survolé les constituants objectifs de ce que nous sommes arrive le fait humain : est-il conscient ou pas de ce qu’il est. Problème vieux comme le monde, puisque dans la Bible on trouve ces deux préceptes : « CONNAIS-TOI TOI-MÊME et DEVIENS QUI TU ES ». C’est cette conscience de soi, dans le processus de la créolité qui donne la conscience collective. Et surtout parfait le concept de Pays.
Le terme de pays n’a rien de révolutionnaire, ni indépendantiste, sinon la France hexagonale frémirait en prononçant « Pays d’Arles » ! Bien au contraire, c’est une donnée mise en évidence par le professeur de droit constitutionnel Maurice DUVERGER. Concept répondant à des critères exclusifs : un territoire, une histoire, une population, une langue et un vouloir vivre ensemble, du fait de cette conscience collective de l’identité. Le fait nouveau réside dans cette prise de conscience : nous sommes créoles, ce qui veut dire tout sauf une race. Dur à admettre pour certains qui vivaient par procuration (Mama Afrika, inde mythique, Normandie imaginaire). Certains vivent avec leur temps, d’autres ont du mal et certains restent bloqués sur un conformisme antédiluvien. Voici la période que nous vivons actuellement.
@Eric HERSILIE-HELOISE