"Nous n'avions rien et pourtant, nous étions riches à l'Anse à l'âne"

Guy Vadeleux, un des rares musiciens martiniquais à vivre professionnellement de son art. Son havre, son sanctuaire, là où il puise son énergie? Les hauteurs de l'anse entre les mornes Passe montant et Papias

"Les gens pensent que je viens de Trénelle et que j'ai construit aux Trois Ilets quand j'ai eu de l'argent, commente le chantre de la biguine et de la mazurka. En fait, les choses sont un peu différentes. Je suis bien né à Fort de France, d'ailleurs près de la maison de la mère de Serge Letchimy. Ma mère ne trouvant pas de travail était descendue à la capitale. Mais mes parents, sont des Anses d'Arlet. J'ai d'ailleurs vécu à Gallochat, chez ma tante Héloïse Vadeleux, la petite sœur de ma mère, jusqu'à l'age de trois ans. Puis je suis remonté au morne Papias, chez ma grand-mère; lieu-dit d'où venait Louis Laclef, son second mari. Là où j'ai construit dès que j'ai pu, une maison pour pour ma mère, où elle vit encore aujourd'hui".
Juste après la plage de l'Anse à l'Ane (dont, selon les anciens, le nom viendrait d'un monsieur Lane, tout comme la "Cour Boule", toujours à l'Anse à l'Ane, n'aurait rien à voir avec la pétanque, mais serait l'un des lieux préféré d'un colon nommé Boule), vers Gallochat, deux routes s'enfuient sur la gauche: la première mène à Passe montant, et la seconde à Papias. Au morne Papias, on ne peut se tromper: c'est le lieu de résidence, depuis des lustres, de deux familles, qui ont fini par devenir parentes: les Laclé et les Laguerre. Morne rural, piqueté de coquettes villas, d où l'on domine l'ilet Ramier et son fort où sera tourné le film "Béhanzin" de Deslorier.
"Tu vois, quand j'étais petit, nous n'avions rien, mais nous avions tout en terme de richesse de vie, de nature, d'éducation et d'amour". Malgré la spéculation immobilière, on sent bien qu'ici, la terre est un bien que l'on transmet aux parents en marque de sagesse. Tandis qu'au morne Passe montant, l'esprit est tout autre.
Vue imprenable sur le bourg avec en fond, la baie de Fort de France, c'est le Didier des Trois Ilets. A croire qu'ici, les habitants se livrent à un "tirage" de la plus belle demeure. On en attrape le vertige, tant les maisons créoles rivalisent de recherche et de raffinement. Nul étonnement d'apprendre que c'est là que le maire Arnaud René-Corail s'est fait construire sa résidence principale, et qu'un parlementaire a érigé au haut du morne deux superbes villas à colonnades , sol en marbre, le tout façon "Au temps en emporte le vent". Le luxe tropical n'est pas mort.
Dévalons le morne et retournons vers la plage. Au passage, les vestiges du musée des coquillages (le premier de ce genre, ouvert il y a une quarantaine d'années, puis fermé dit-on par manque d'aides publiques) et l'hôtel le Maharaja, né du rêve d'un amoureux de l'Inde, aujourd'hui reconverti en maison de retraîte. Direction "Chez Jojo", une institution depuis 50 ans.
"Je ne suis pas si vieux, mais dans mon enfance, se souvient Guy, il n'y avait ici que de la canne; que nous allions voler dans les champs. A l'Anse à l'Ane la canne était de la variété "pen epi lèt". Un délice! Ca fondait sous la dent. Puis on a importé la canne BH. Rien à voir. D'ailleurs, la distillerie a fermé: c'est pas un signe?".
Chez Jojo, là où les anciens se retrouvent du matin au soir en "cénâcle communal". Entre résidences secondaires luxueuses et infrastructures touristiques, ces piliers de la tradition, semblent un peu perdus. Alors, ils se retrouvent chez Jojo, la où est mort le plasticien Khokho, un restô dancing inauguré il y a un demi-siècle… A l'emplacement de l'ancienne distillerie. Tradition, quand tu nous tiens!
© texte &photos Eric Hersilie-Héloïse
Hors-texte
Guy Vadeleux
"Dès tout petit, je voulais être musicien", déclare ce quinquagénaire à l'allure juvénile, avec un large sourire. Guitariste, saxophoniste, il est surtout l'emblème d'un style créole où la culture ne saurait devenir folklore. On lui doit de nombreux succès musicaux et ses désormais spectacles traditionnels réalisés avec l'aide de sa femme, tout à la fois costumière, régisseuse et gardienne du foyer. En quelques décennies, Guy Vadeleux a assis sa notoriété:maintenir sa culture, vivre de son art et préserver sa famille.

En savoir plus

Anse à l'âne
Cette habitation, qui donnera son nom au quartier, est selon Roland Suvélorl'une des plus anciennes de l'île. Elle s'est appelée Rochechouart, du nom du propriétaire, qui n'y résidant pas, la fera habiter par son géreur. Elle a appartenu aux Pocquet de Puilhery et à la fin du siècle dernier, à la famille Guérin, tristement célèbre pour avoir été anéantie lorsque son usine de Saint-Pierre a été engloutie par une coulée de lave de la Montagne Pelée. Quelques années plus tôt, en1880, l'habitation avait été débaptisée pour porter le nom de "Anse à l'Ane".

Et la plage?
Bordée de tout son long par des hôtels et des petits restaurants de plage, l’environnement de l’Anse à l’Ane a perdu de son authenticité au fil des années avec le développement massif de nouvelles constructions. Néanmoins, la plage reste très agréable de par sa taille, et son plan d’eau habituellement très calme est parfait pour la baignade.

Et la pétrolette?
Reliée directement à Fort de France par un service de navette maritime qui assure des liaisons toute la journée, l’Anse à l’Ane est une plage très fréquentée.
LES PETROLETTES DU SOLEIL
Tél. : 0810 122 466 - Fax : 05 96 424 127
mail : petrolettes@petrolettes.com
Fort-de-France - Pointe du Bout Départ : Quai Gare Multimodale de Fort-de-France : de 6h45 à 19h00 Départ Pointe du Bout : de 6h10 à 18h30
Départ Fort de France de 6h50 à 18h pour l’Anse à l’Ane et l’Anse Mitan
Départ de l’Anse à l’Ane pour Fort de France de 6h30 à 17h35
Départ de l’Anse Mitan pour Fort de France de 8h à 17h40
www.petrolettes.com

VEDETTES MADININA
Tél. : 05 96 63 06 46 - Fax : 05 96 63 80 68
mail : contact@vedettesmadinina.com
Fort-de-France - Pointe du Bout Départ Quai Gare Multimodale - Fort-de-France : de 6h30 à 20h45 Départ Pointe du Bout : de 6h30 à 21h30
Fort-de-France - Anse Mitan - Anse à l’Ane : Départ Fort-de-France : de 6h20 à 18h30
Départ Anse Mitan : de 5h40 à 18h
Départ Anse à l’Ane : de 6h à 17h50
www.vedettesmadinina.com

A pied, à cheval…
Le Ranch Jack est le premier centre de tourisme équestre créé en Martinique en 1974. Il sera d’abord installé à Gallochat, sur la commune des Anses d’Arlet, ou il commence avec 4 chevaux créoles, à faire découvrir la région avec le Morne Bigot, l’Anse Dufour, Anse Noire et le sud Caraïbe. Très vite le nombre de chevaux augmente. Vivant en liberté, la surface devenant trop petite pour le pâturage, ils migrent quelques kilomètres plus bas, vers l’habitation Anse à l’Ane. La rareté et la qualité des chevaux créoles amène le Ranch Jack à produire et à élever ses chevaux qui jouissent d’un mode de vie proche de l’état naturel.